Since we were born

Since we were born

un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

sortie nationale
4 février 2009

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Article publié dans la revue IMAGES documentaire n°64.

Ils ont des rêves de mômes que l’on connaît : « Quand je serai grand, je veux conduire un camion ». Mais ils ne sont pas ces mômes que l’on connaît. Cocada (15 ans) et Nego (13 ans) sont des jeunes Brésiliens du Nordeste. De pauvres Brésiliens du Nordeste. Qui s’échinent le plus souvent seuls pour trouver de quoi manger à leur faim. Alors leurs rêves de mômes vont de pair avec des désespoirs d’adultes : « J’ai rien à faire dans ce monde », dit Nego. « Quand on a vu son père mourir…jamais je n’oublierai ça », dit Cocada. Le premier vit avec sa mère (10 enfants, 9 pères). L’autre dort dans le camion d’un type qui l’a pris en amitié (le père est mort, la mère n’est pas là). Jean-Pierre Duret et Andrea Santana suivent ces deux enfants au plus près pendant plus de six mois. Pas d’interview, une mise en confiance qui laisse leur parole naître et se déployer. Le film leur donne d’emblée une dimension sublime, universelle.

Dès la première séquence, le ton est donné. Magnifiquement filmés, quelques enfants, demi-nus, jouent sur le bord d’une autoroute. Le bruit inquiétant des camions qui roulent à un train d’enfer. Les enfants qui s’égaillent à deux pas de là, dans un décor désertique où gît un âne mort. Le sentiment de danger est installé là, tout de suite. En même temps que celui d’une humanité irrépressible, d’une beauté humaine enracinée à la terre même. C’est de cela qu’est pétri ce film, d’une vie à la fois fragile et indestructible. L’intrigue est simplissime qui s’attache au rude quotidien de ces deux gosses qui se déroule dans quelques kilomètres entourant une station-service paumée dans un désert désespérant et poussiéreux.

La station-service est l’Eldorado des deux enfants. Ici passent les voyageurs, leur fric, les camionneurs, leur promesse d’un ailleurs. C’est là qu’ils construisent leur rêve, c’est là qu’ils mesurent leur misère, qu’ils partagent leurs soucis et leurs peurs. Trouver à manger, échapper au tueur d’enfants (le « mange-foie » qui vendra leurs organes) : leurs deux principaux soucis existentiels. Hors la station-service, leurs vie d’enfant est celle de ceux qui n’ont pas d’enfance. Il leur faut éplucher le maïs, s’occuper des cochons et des chèvres, partager la maigre portion de semoule avec les dix autres enfants ou chaparder les restes dans le fast food. Et pour Nego, aller à l’école aussi, malgré tout.

Ici, intervient le personnage de la mère de Nego . Une belle Indienne, mère de dix enfants, qui essaie de diriger ses amours, ses hommes et sa marmaille comme elle le peut. « Tu crois que tout est facile, Galega…Rien n’est facile ». Les petits moments de leçons de vie se succèdent, mine de rien. Chacun se raconte à l’autre, dans des scènes intimes où les deux cinéastes s’invitent, sont invités. Ils jettent un regard chaleureux, jamais compassionnel, toujours intéressé sur cette belle énergie à vivre malgré tout. Sur cette leçon de vie. Zé, le fabricant de briques devant sa pyramide d’argile en flammes est un étonnant philosophe : « Emporte ton rêve et va-t-en d’ici », dit-il à Cocada.

Au loin passent les voitures bruyantes de la deuxième campagne électorale de Lula. Comme une autre vie, hors champ de la leur. Les deux enfants ont d’autres chats à fouetter. « Tu sais qui tu es Cocada ? ». « Je suis Cocada, non ? Je suis qui je suis. Mais je ne sais pas pourquoi je mens beaucoup ». « Il faut qu’ont parte pour mieux se connaître. »

Annick Peigné-Giuly - Journaliste, écrivain, critique, Présidente de l’Association Documentaire Sur Grand Ecran.