Já que nascemos

Já que nascemos

un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

sortie nationale
4 février 2009

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A propos de nos deux premiers films

Nous avons tourné deux films au Brésil. Le premier, « Romances de terre et d'eau », conte la vie des journaliers de la terre au Nordeste du Brésil, dans l'état du Ceará. Malgré les conditions de subsistance très difficiles, ils évoquent avec force leur riche tradition orale, leur talent de poètes, et leur passion pour la terre. Ils parlent d'un monde idéal qui contient un bonheur naïf et merveilleux, celui d'une communauté humaine où chacun est respectueux des besoins vitaux de l'autre et où leur culture pourrait s'épanouir en liberté.
Ce rêve d'un monde paisible et heureux, où le ciel et la terre seraient à tous, est brisé; leurs enfants ne peuvent plus adhérer à cet espoir qui vient du fond des âges. Il n'a plus sa place aujourd'hui à l’aune de la froideur de la rationalité économique et des flux financiers sur lesquels prospère l'économie libérale.

Le deuxième film, « Le Rêve de São Paulo », suit le parcours d'un jeune fils de ces journaliers de la terre qui migre vers la grande ville enchanteresse rejoindre ceux qui sont partis vivre loin de la terre aimée. C'est un road-movie de 3500 Km autour des rêves des pauvres, de leur espoir de conquérir une vie meilleure.
Dès qu'ils ont été achevés, nous sommes revenus montrer chacun des deux films à tous ceux que nous avions filmés: 5000 Km de route, des projections dans les lieux les plus incroyables, le vidéo projecteur le plus souvent relié à des branchements électriques pirates, avec un écran et du son. Nous avons organisé de belles séances dans le plus grand cinéma d'art et essai de São Paulo pour tous ceux que nous avions filmés dans cette immense mégalopole, mais aussi dans les villages, en plein air sous les étoiles, l'écran accroché au mur d'une église ou aux planches d'une bicoque, dans les favelas ou sur leurs lieux de travail.
Ce dont souffrent le plus ces personnes déclassées, c'est de n’être pas regardées, pas entendues. Nos deux films ont comblé un peu l'espace de ce silence.
Après une projection en France, quelqu'un nous a fait cette dédicace:
« Je vois la divine patience de ces gens, mais où diable demeure leur divine colère? »
Ce sont des mots de Bertolt Brecht.
Il est vrai que les pauvres, en rapport aux conditions de vie qui sont les leurs, ne se révoltent pas, ou peu. Cela reste une énigme. On ne comprend pas, et c'est une question qui revient également dans les nombreux débats que nous avons eus autour de nos films avec le public. Malgré tous ses excès, la classe possédante du Brésil vit dans une paix royale. Elle jouit sans entrave de l'immense richesse du pays qui devrait être un bien commun et dont les fruits devraient profiter à tous. En outre, elle bénéficie d'une justice complaisante et d'une police à son service, d'une presse qui la glorifie.
Il est d'autant plus difficile de se révolter quand on est analphabète, sans travail fixe, et que l'essentiel du temps est consacré à gagner quelques sous pour simplement pouvoir se nourrir; c'est peut-être aussi que celui qui possède semble inaccessible, protéiforme, indifférent, lointain, sans visage. Pour celui qui a peu, il n'y a pas de Droit, la Loi ne le protège pas. C'est cela la grande tragédie, celle qui fonde aussi nos images.
Les pauvres cultivent une culture de patience. Leurs stratégies d'adaptation, de contournement de ce qui semble infranchissable vont à l'encontre du principe de violence. Et ils sont lucides : ils font partie d'une population presque captive, leurs choix possibles devant l’existence sont si minces.

Si on considère les pauvres dans leur totalité d'être humain, les images qui les représentent sont souvent trompeuses et tronquées parce qu'elles ne parlent que partiellement d'eux, à la surface de leurs vies. La réalité de la pauvreté est usée et les images que l'on en voit finissent par nourrir l'amnésie instantanée que de plus en plus elles provoquent en nous: le dégoût d'abord, puis la lassitude, enfin la belle indifférence. Or, si nous voulons contribuer à réfléchir à un monde plus juste (on n'ose presque plus aujourd'hui employer ces mots qui semblent bien désuets), il nous faut absolument rencontrer l'autre dans sa complétude, dans sa totalité, et non se servir de lui dans une vision qui nous arrange. Dans cette rencontre avec des personnes qui n'ont ni la même histoire ni la même culture que la nôtre, nous souhaitons avoir donné l'envie de l'échange, et d'une relation juste.

Jean-Pierre Duret & Andrea Santana

 

Les deux films sont édités en un DVD duo par les éditions Montparnasse.
Pour commander le DVD : www.editionsmontparnasse.fr