Já que nascemos

Já que nascemos

un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana

sortie nationale
4 février 2009

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ROMANCES DE TERRE ET D'EAU

un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana
Brésil, 2001, 78 minutes
35 mm - 4/3 – Couleur – Dolby
Vidéo - 4/3 – Couleur, 52 minutes (version TV) 

« Romances de Terre et d’Eau » est un film conçu pour un chœur de 14 personnages adultes et 6 enfants, chacun se reconnaissant aussi dans l’écho de la parole des autres. Pas de lamentation ni de reproches, les personnages du film ne se plaignent pas, ils sont lucides. Par la voix mais aussi par la musique, la poésie, les danses et les créations à base d’argile, ils racontent la fragilité de tous les instants, les couples qui s’aiment, la sécheresse, le propriétaire, les rêves, la culture, les animaux, le futur pour les enfants, le prix des choses, l’argent, et la terre.
Pour eux, la terre est comme une amoureuse, elle est leur propre peau.


Quelques mots sur nos intentions et sur le film, à l'occasion de sa sortie dans les salles de cinéma, en Novembre 2002

J’ai rencontré Andréa ; elle est née pendant la dictature militaire et a vécu dans le Nord Est du Brésil, entre Juazeiro do Norte et Fortaleza, dans l’état du Ceara. Par elle je suis devenu amoureux de cette région semi-aride qu’on appelle le Sertão. Le film est né de cette rencontre, un signe d’amour pour comprendre mieux d’où chacun de nous venait.
Sur cette terre pelée, aride, le plus souvent brûlée par le soleil, les hommes qui l’habitent sont les dépositaires d’une culture très ancienne. Hommes et femmes, la plupart sont des journaliers sans terre, et dans la société brésilienne où ils sont méprisés et humiliés, ils n’ont jamais réussi à faire reconnaître leurs droits.
Il y a bien d’autres raisons à ce film que l’on a appelé « Romances de terre et d’eau ». Romance est un mot qui contient le sucré et le salé, le doux et l’amer, il évoque des histoires d’amour, de la poésie mais aussi des évènements dramatiques qui ont le pouvoir de changer la destinée des hommes.
Mon père avait à peine 2 hectares à lui et il en louait 5 autres, sept hectares de terre, en Savoie, pour élever 6 enfants. Je me souviens qu’au début du mois d’Août 1968 toute la famille ramassait les pommes de terre en plein champ et l’on avait apporté le transistor pour écouter parler le Général De Gaulle parce que la situation était grave; on ramassait les patates, j’avais 14 ans, mes parents nous avaient encore tous à charge et j’avais le sentiment que la grande histoire se déroulait sans nous, -ce décalage avec le reste de la société, cette presque honte parfois d’être fils de paysan-.
J’ai grandi et travaillé avec eux jusqu’à plus de 20 ans sur l’exploitation. Par divers hasards de la vie, plus tard, je suis devenu preneur de son dans le cinéma, mais j’ai toujours un pied sur les deux qui reste enfoncé, collé à la terre. Il y a quelques années, j’ai fait un documentaire sur mes parents, « Un beau jardin par exemple », un portrait d’eux, de leur histoire, pour qu’ils puissent être fiers de ce qu’ils ont fait. À l’aune de la nouvelle économie leur vie ne valait plus rien et à la toute fin du film, mon père disait : « On a toujours peur d’être de trop dans la société ». À juste titre...

Comme d’autres petites paysanneries dans le monde, les journaliers de la terre au Brésil se sentent de trop aujourd’hui et tentent de lutter contre la lente asphyxie économique qui les contraint de plus en plus à l’exode dans les inhumaines banlieues des villes ; quelques arpents de terre dont ils auraient la jouissance suffiraient à les tirer d’affaire, mais cela semble impossible. Ils tentent aussi de ne pas disparaître pour garder leur culture vivante, et la transmettre à leurs enfants. Les valeurs d’entraide, de solidarité, d’économie, de diversité et tant d’autres sont des sentiments qu’ils connaissent très bien et qu’ils respectent.
Et nous avons beaucoup à apprendre d’eux; leur façon de raconter des histoires, leurs récits sont comme des échos semés aux quatre vents: quelqu'un dit dans notre film: « Le diable s'habitue à l’enfer; c’est la même chose pour nous. Trente ans, quarante ans ne sont pas trente jours, n’est-ce pas ? » Quelle merveilleuse façon de raconter le temps qui passe sans larmoiement. Il y a aussi toutes ces femmes qui disent, parlant de leur couple, « on s’est rencontré, on s’est connu, et jusqu’à présent on vit ».
Nous nous disons parfois que le livre de la bible a pu être écrit par des gens comme cela ; à l’origine des grands textes sacrés, il y a les paysans et les bergers, il y a des paroles et des histoires qu’on se transmettait oralement bien avant qu’elles ne soient écrites par les scribes. Il y a une parabole à la fin de notre film, sur la sécheresse et la faim ; elle est racontée par un vieux de 80 ans ; on assiste en direct à la naissance d’une histoire destinée à être entendue par tous les hommes sur terre.

Nous lisons beaucoup de journaux, nous écoutons la radio, nous sommes très informés. Depuis que nous sommes en âge de nous intéresser à la politique, depuis plus de 30 ans, nous nous souvenons de tous les colloques, réunions internationales, promesses et traités de toutes sortes à propos de la faim dans le monde, du manque d'eau potable, de l’exode rural, de la désertification, des bidonvilles… Rien n’a changé, tout a empiré. Pourquoi ? Malgré les tonnes de mots écrits sur tous ces sujets, les sommes d’argent colossales gaspillées, tout va vers le pire.
Les paysans ont une grande expérience de la vie, cela vient de l’amour qu’ils éprouvent pour la terre qui les nourrit. Cet amour et ces vies font partie de notre patrimoine universel, nous ne devons pas les abandonner, ce serait comme un peu nous perdre nous-mêmes.
D’où, avec modestie, ce film fait à deux.

Jean Pierre Duret et Andréa Santana

 


 


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Un Personnage de romance

Un des personnages du film est le grand poète paysan Patativa d'Assaré, auteur de plus de 800 poésies entièrement composées et mémorisées dans sa tête au cours du travail dans les champs. Il était totalement analphabète, il est mort un an après que nous l'avons filmé.

"Se a terra foi Deus quem fez,
Se é obra da criação
Deve cada camponês
Ter um pedaço de chão."
"Si Dieu créa la terre,
si elle est vraiment son oeuvre,
chaque paysan doit avoir
son morceau de terre".


Quand nous l'avions rencontré, nous lui avions dit que sa poésie devait irriguer le film comme de l'eau qui parcourt une terre, et qu’il était, par son verbe, le porte parole de toute la beauté mais aussi de toute la tragédie des petits paysans d'aujourd'hui. Le vieil homme avait souri, il aimait l'eau qui parcourt une terre et la fertilise.

 


 

Documents téléchargeables

Fiche technique (PDF, 50 Kio)

Parcours du film : sorties en salle, festivals, diffusion télé (PDF, 263 Kio)

Revue de presse (ZIP, 613 Kio)

 

Les deux films (Romances de terre et d'eau et Le rêve de  São Paulo) sont édités en un DVD duo par les éditions Montparnasse.
Pour commander le DVD : www.editionsmontparnasse.fr